" Notons au passage que l'évènement est toujours partial et particulier. Décréter ce qui doit impérativement constituer un évènement pour chacun (l'agonie et la mort d'un pape, le choix d'une ville pour les Jeux Olympiques, des informations surexploitées ou trafiquées qui justifieraient une intervention militaire), cela ne s'appelle pas du journalisme : cela s'appelle de la propagande. Une information claire et précise devrait normalement se suffire à elle-même, sans la dénaturer avec des dogmes, de la morale ou des chantages insidieux. Inversement, le journalisme sénile, qui consiste à surcharger d'émotion des faits absolument insignifiants - autrement dit à faire évènement de la moindre anecdote ( trafic routier, chien crevé, météo, etc.), cette "info de proximité" qui emprunte à la téléréalité ses codes d'écriture -, n'est plus du journalisme, mais du divertissement. Ni la propagande ni le divertissement ne nous éclairent ; ces deux modes d'obscurantisme et de dépolitisation menacent au contraire directement toute démocratie authentique. La propagande - dont les matraquages publicitaires et politiques sont les plus flagrantes manifestations -, en dictant ce qui doit faire évènement, aggrave la pensée unique et le conformisme infantile. Le divertissement (info-spectacle, talk-shows, émissions de témoignages), en faisant évènement de tout, livre en pâture les intelligences et les cultures à l'irresponsabilité marchande du profit immédiat."
Du même auteur que la précédente citation.